Plongez dans l'ère fascinante des années 1920 avec Rolling Heights. Ce jeu de construction urbaine vous ramène à l'époque où les premiers gratte-ciels emblématiques sont apparus en Amérique du nord. Dans ce jeu, vous incarnez une entreprise de construction qui tente de se faire une place dans le paysage.
Rolling Heights se distingue avant tout par son mécanisme de lancer de meeples qui marque le début de chaque tour. La position finale de chaque meeple dictera alors vos actions possibles. Vous pourrez ainsi acquérir de nouveaux plans à construire et améliorer votre capacité à les construire. Chaque plan ainsi complété vous donnera des récompenses qui vous permettront de construire toujours plus vite et toujours plus grand.
Dans cette course à la construction, tout le monde rivalise pour s'approprier les plans les plus avantageux et les emplacements les plus stratégiques. Le plateau de jeu grandit alors de manière spectaculaire au fur-et-à mesure que les bâtiments grandissent.
Lorsque la partie touche à sa fin lorsque, la personne ayant accumulé le plus de points à travers ses constructions et la réalisation d'objectifs personnels ou collectifs est déclarée victorieuse.
Conçu pour jouer de 1 à 4 personnes, Rolling Heights offre des parties d'une durée de quelques heures. Attendez-vous à un mélange captivant de stratégie, de planification et de créativité architecturale.
La trame de cet article s'écarte de l'analyse conventionnelle des jeux de société pour se concentrer spécifiquement sur les aspects d’inclusivité et d’accessibilité. Nous n’aborderons pas les mécaniques de jeu, ni la jouabilité si ce n’est pour illustrer un point précis. Notre objectif est de déceler les potentiels obstacles à une expérience de jeu inclusive et accessible. Quand cela sera possible, nous proposerons des recommandations concrètes pour une évolution positive dans les futures itérations ou adaptations du jeu.
Connaître les principes de bases de Rolling Heights est nécessaire avant de poursuivre la lecture de cet article. Si le jeu ne vous est pas familier, nous vous invitons à regarder une introduction du jeu auparavant.
Analyse de l’inclusivité
Au premier regard sur la boîte du jeu "Rolling Heights", on remarque immédiatement un clivage dans la représentation des genres. D’un côté, nous avons les hommes qui travaillent dur en construction. Ils sont forts et attelés à la tâche. Puis de l’autre bord, nous avons une jeune femme mince et coquette qui semble magasiner et en compagnie d’un enfant.
Cette atmosphère se retrouve à nouveau sur le plateau des scores. À chaque type de meeples du jeu est associé une représentation. Ainsi sur les 9 personnes représentées, 2 seulement sont des femmes, toujours aussi mince. La première a le rôle d’architecte tandis que l’autre, semble être une cantatrice arborant le rôle de personnalité publique. Les hommes conservent les rôles relatifs à la construction mais gagnent aussi les rôles de prestige tels que l’urbaniste de la ville, le politicien et le directeur (qui est aussi le maire dans le mode solo).
L’histoire de ces illustrations nous est familière. Elle nous raconte la position de la femme dans les années 1920 où les rôles importants étaient réservés à la gente masculine pendant que les femmes sont reléguées à des tâches plus traditionnelles : magasiner, s'occuper des enfants, ou encore distraire les hommes après leur journée de travail. Est-ce réellement ce que l’on souhaite raconter de cette époque aux futures générations ? Était-ce si important au point de le représenter dans les jeux de société un siècle plus tard ?
Par ailleurs, le jeu souffre également d'un manque flagrant de diversité ethnique. Si les créateurs voulaient réellement rendre hommage à l'authenticité de l'époque, ne devraient-ils pas inclure des personnages reflétant la réalité historique, notamment en représentant des ouvriers issus de diverses communautés ethniques ?
Les représentations de la couverture et du plateau de score sont ensuite réutilisées un peu partout sur les composantes du jeu et dans les règles. Ce sont pourtant beaucoup de représentations qui auraient pu être l’opportunité d’apporter de la diversité de genre, ethnique ou encore physique.

Analyse de l’accessibilité
Accessibilité physique
La mise en place du jeu ne demande pas tant d’effort pour un jeu de ce gabarit. La seule chose quelque peu chronophage sera de recompter le nombre de cubes de chaque couleur pour ajuster la quantité au nombre de joueurs et joueuses.
Au début de votre tour, lancer les meeples est relativement facile et agréable. L’action est soutenue par des contenants en carton qui viennent contenir l’éparpillement. Tout le monde peut ainsi faire sa phase de préparation et de prise de risques simultanément tout en y voyant clair et sans risquer de déranger le plateau de jeu.
Vient ensuite le moment d’effectuer ses actions, c’est là que les choses deviennent plus difficiles. Saisir les tuiles de plan de construction est relativement facile, si vous êtes du bon côté du plateau. Mais l’action la plus importante du jeu est la construction de bâtiments. Pour cela, vous devez empiler des petits cubes sur l’emplacement prévu avec précision. Cela demande de pouvoir placer les pièces avec une grande dextérité pour rester en équilibre. La tâche est encore plus difficile quand votre bâtiment se trouve opposé à vous sur le plateau. Le moindre tremblement peut tout faire écrouler. Restituer l’état du jeu se ferait quasiment uniquement par mémoire et déduction. Sur BoardGameGeek, certaines personnes ont même proposé de remplacer les composantes par des briques Lego pour augmenter la stabilité.
La phase de nettoyage n’est pas non plus une partie de plaisir à la fin de votre tour. Le marché des tuiles devient rapidement une corvée. Cela est principalement dû à la nécessité d’aligner les 9 tuiles avec la description des coûts sur les deux languettes. Si les tuiles étaient collées les unes aux autres, cela permettrait de pouvoir les glisser toutes ensembles plutôt qu'une par une.
Voir la ville grandir au fur-et-à-mesure que la partie avance offre une expérience de jeu unique. La construction des bâtiments constitue à la fois un des aspects les plus attrayants du jeu mais également, par son importance, le facteur le plus limitant en termes d’accessibilité physique. De façon générale, le jeu demande énormément de manipulations de petites pièces. Augmenter leur taille n’est pas une solution envisageable. Cela ne ferait qu’augmenter encore plus la taille du plateau ce qui ne ferait qu’agrandir les distances. La seule alternative possible est de demander à une autre personne d’effectuer les manipulations pour vous quand c’est nécessaire. Le jeu s’adresse donc difficilement aux personnes avec des difficultés physiques.

Accessibilité visuelle
Étant un jeu où l’information est entièrement publique, beaucoup d’informations se retrouvent sur le plateau, les tuiles, et le plateau des scores. Mais de ce fait, tout est très chargé et on s’y perd rapidement devant tout ce qui se trouve devant soi. Il n'est pas rare d'oublier des plans de construction qui nous appartiennent sur le plateau à cause de l'encombrement. La taille du plateau vient encore une fois nuire à l’accessibilité de l’information car celle-ci peut être éloignée de vous. Le plateau des scores et l’aide-mémoire des personnages actions est une belle réalisation mais de simples aides de jeu individuelles auraient sans doute été plus efficaces. À portée de main, la lecture aurait été simplifiée car moins loin et moins obstruée à cause de la ville qui grandit. Sans ça, les personnes du côté opposé devront sans cesse se lever pour mieux voir l’information.
Trouver l’information des tuiles est tout autant difficile pour les mêmes raisons mais en pire car elle se retrouve cachée au milieu des bâtiments. Cela demandera alors de se mouvoir par dessus ou sur les côtés pour avoir accès à l’information et ce malgré les aides mémoires placés sur le côté des tuiles qui sont trop petites. Certaines icônes sont faciles à confondre comme les types de bâtiments qui peuvent se ressembler vus de loin.
Dans Rolling Heights, la couleur joue un rôle crucial car elle distingue les matériaux pour construire les bâtiments, le type d’actions qui peuvent être jouées, ainsi que l’appartenance des tuiles sur le plateau. Sur le forum de BoardGameGeek, une des créatrices graphiques du jeu nous informe qu’un processus complet de tests pour valider le choix des couleurs a été effectué vis à vis du daltonisme. Malgré tout, le grand nombre de types de meeples rend la proximité des couleurs et contrastes inévitables. Par exemple, le rose et le fuchsia sont très ressemblants. Les pions de joueur·euse de couleur noire se voient aussi très mal. La calibration des machines de production par le manufacturier apporte également de la variance par rapport à la couleur prévue initialement à l’écran. Cela pourrait expliquer pourquoi certaines personnes trouvent que la couleur des meeples n’est pas exactement la même que celle des illustrations sur le plateau et le livret des règles.

Ceci peut avoir plusieurs conséquences :
- À moins de faire bien attention, il est tout à fait possible d’attribuer la mauvaise couleur au mauvais rôle et d’effectuer de mauvaises actions ;
- Les couleurs peuvent apparaître différemment selon la luminosité de la pièce ;
- Tout le monde à ses propres termes pour désigner les couleurs ce qui crée une confusion générale lorsqu’on demande de l’aide pour saisir un meeple par exemple (même si les noms de couleurs sont indiqués dans les règles). À noter qu’il est peu probable que les personnes utilisent à la place le véritable nom de chaque type d’ouvriers puisque cela demanderait un effort considérable de mémorisation.
Accessibilité cognitive
De manière générale Rolling Heights est assez simple à jouer pour en faire une activité familiale agréable si on est prêt à jouer au moins deux à trois heures. Malgré cela, le déroulement de la partie reste plutôt simple et dynamique. La complexité du jeu et l’importance de la stratégie se font progressivement ce qui laisse le temps de s’adapter et de bien comprendre les différents concepts. Il faudra tout de même faire attention aux règles qui s’ajoutent en milieu de partie, particulièrement dans les premières fois que l’on joue.
Nous pouvons sentir que de nombreux efforts ont été faits pour simplifier la fluidité du jeu. La plupart de l’information est traduite en icônes qui se déduisent assez facilement si on oublie l’accessibilité visuelle. Le plateau des scores rappellent les actions liées aux personnages, les phases d’un tour ainsi que la valeur d’échange des ressources. Les coûts de construction de bâtiments sont également présentés sur le côté des tuiles pour ne pas avoir à regarder sous les cubes. Les règles du jeu indiquent également quelles phases du tour peuvent être réalisées simultanément par tout le monde pour accélérer le jeu.
Il n’y a pas de confrontation directe entre les joueurs et joueuses. Même si certains objectifs peuvent inciter à venir se frotter aux autres, ce sera toujours un choix optionnel de se gêner. Par exemple, il est possible de venir occuper les espaces de construction recherchés par les autres. Mais une personne ne se retrouvera jamais dans une situation bloquée puisqu’il est possible de sauter des cases. Prendre les plans de construction du marché les plus recherchés peut constituer un autre moyen de gêner mais son impact reste limité dans la plupart des cas. Dans tous les cas, il sera toujours possible de retirer les objectifs plus agressifs et d’établir des règles de non-agression.
Aucune option n’est offerte dans les règles pour adapter la complexité du jeu. La longueur d’une partie peut être très longue surtout à 4 personnes. Mais plusieurs actions assez faciles peuvent facilement être mise en place pour y remédier:
- La partie peut facilement être raccourcie en retirant des cubes supplémentaires de chaque couleur en début de partie ;
- Tout le monde peut démarrer avec un ou plusieurs meeples en plus, comme un meeple blanc transparent par exemple ;
- La complexité du jeu peut être réduite en utilisant moins ou pas d’objectifs communs et/ou personnels ;
- Une solution proposée qui modifie les règles de départ a également été proposée par une personne sur le forum de BoardGameGeek.
Mais notre plus gros reproche sur accessibilité cognitive restera à nouveau l’absence de fiches d’aide individuelles concernant les actions liées à chaque meeple. Comme le plateau commun de rappel prévu à cet effet est vite inaccessible, il faudra faire un effort de mémorisation si on ne veut pas se lever à chaque fois pour voir le plateau d’information. Plusieurs personnes préféreront peut-être prendre une photo avec leur cellulaire.
Livret des règles

Le livret de règles du jeu Rolling Height est visuellement attrayant et bien rédigé, malgré quelques points qui gagneraient en amélioration.
Premièrement, le format du livret de règles est un peu large ce qui le rend difficile à placer sur une table pendant le jeu. Malgré cela, il est très facile d’y trouver une information. Il fait bon usage des listes et met bien en évidence les termes clés en gras, améliorant la lisibilité et la compréhension. Le rappel des icônes directement dans le texte permet de se les approprier rapidement. Plusieurs éléments d’explication sont placés dans les marges ce qui apporte plus de précision sur certains concepts sans interrompre la lecture du texte principal.
L’accessibilité a été bien respectée dans les choix typographiques du livret de règles. La seule exception reste les titres secondaires en bleu clair sur un fond bleu pâle qui auraient bénéficié de plus de contraste. Nous en profitons également pour faire remarquer que la police du logo du jeu est très peu lisible mais nous comprenons qu’un choix esthétique a été priorisé pour celui-ci.
Dans l'ensemble, le livret de règles de Rolling Height reste de manière générale une bonne réalisation claire et accessible. L’explication des règles à l’oral se fait bien en suivant simplement l’ordre du livret des règles.
Quelques détails sont tout de même questionnés à plusieurs reprises dans les forums dont voici quelques sujets:
- Utilisation du meeple “Public Servant”
- Placement des jetons joker
- Plusieurs des tuiles objectifs individuelles et communes
- Utilisation des cubes oranges
Mais ces points ne sont pas critiques au bon déroulement d’une partie. Si leurs règles ne sont pas respectées à la lettre, cela ne nuira pas à la qualité du jeu tant que toutes les personnes sont d’accord sur la même règle définie.
Conclusion
Notre analyse de Rolling Heights sous l'angle de l'inclusivité et de l'accessibilité révèle des problèmes importants dans la représentation des genres et la diversité ethnique. Le choix des composantes du jeu requiert également plusieurs habiletés, nuisant fortement à l’accessibilité physique et visuelle.
Cependant, il est essentiel de reconnaître les efforts de conception qui ont été faits pour rendre le jeu attrayant et engageant à travers ses mécanismes innovants ainsi que ses règles bien conçus et clairement expliqués.
Des recommandations, telles que l'amélioration de la représentation des personnages, l’amélioration du jeu de couleurs et textures pour l’accessibilité visuelle, et des aides de jeu individuelles apporteraient des améliorations significatives.

